Promouvoir l'image des Femmes dans les Médias : Le Rôle des associations des Femmes Journalistes du Burundi et de la RDC

L’Association burundaise des Femmes Journalistes (AFJO) a organisé une rencontre d'échanges avec les membres de l’Association des Femmes Journalistes de la République Démocratique de Congo, les membres des organisations de l’Union Congolaise des Femmes des Médias (UCOFM), l’Association des Femmes des Médias(AFEM), l’Union des Femmes des Médias pour la Paix du Sud-Kivu (UFMP) sur la place de la femme dans les médias des Grands-Lacs mardi le 17 Décembre 2024 dans le cadre du projet MPG (Media, Paix et Genre) mis en œuvre par l’AFJO en collaboration avec la Maison de la Presse du Burundi et l’ONG EIRENE Grands-Lacs.

Au programme de cette rencontre : faire un état des lieux de la situation des femmes dans les médias de la sous-région ; se convenir sur les pratiques respectueuses de l’équité et l’équilibre Genre déjà mises en œuvre dans la sous-région ; échanger sur des cas qui peuvent convenir à ces organisations d’avancer et enfin élaborer un cadre qui répondra aux besoins spécifiques des femmes des médias tout en respectant les règles de la profession ainsi que les us et coutumes des deux pays respectifs, comme l’a précisé Madame Francine Ndihokubwayo, Présidente et Représentante Légale de l’AFJO lors de son allocution d’ouverture de cette rencontre.

Au Burundi tout comme en République Démocratique du Congo (RDC), la représentation des femmes dans les médias est un enjeu crucial pour l'égalité des genres et le développement social. Selon le Conseil National de la Communication (CNC), les femmes journalistes sont moins représentées dans les médias par rapport aux hommes selon les données disponibles au CNC jusqu’en décembre 2024. Les femmes à la tête des médias sont au nombre de 28 contre 314 hommes. Les femmes journalistes sont au nombre de 323 femmes journalistes contre 758 hommes. Et en RDC, les études de l’AFEM de 2018 font état de 14% de femmes contre 86% d’hommes aux postes de directeurs/directrices radio ; 15% de femmes contre 85% d’hommes aux postes de chargés des programmes radio ; 12% de femmes contre 88% d’hommes aux postes de rédacteurs/rédactrices en chef ; 35% de femmes journalistes reporters contre 65% d’hommes. Ainsi, sur le plan aussi bien quantitatif que qualitatif, la présence et le positionnement des femmes et des hommes sont nettement déséquilibrés.

Pour une représentation accrue des femmes dans le paysage médiatique burundais

Le Directeur Général des Médias au sein du Ministère de la Communication, des Technologies de l’Information et des Médias, Oscar Nzohabonayo, dans son discours d’ouverture officielle des travaux, a exprimé une volonté commune de redéfinir la place et l’image de la femme dans les médias de la région des Grands Lacs et d’œuvrer pour une représentation plus juste et plus équitable. Il a brossé un tableau non flatteur du rôle de la femme dans les médias où sa représentation a été biaisée, stéréotypée et souvent limitée à des rôles secondaires. Et de déclarer qu’il est temps de changer cela afin de permettre à la femme d’être un miroir de notre société, rappelant que le gouvernement burundais ne ménage aucun effort pour la promotion de l’équilibre genre dans les médias, en témoigne l’élaboration de la politique genre.

« Les médias étant des vecteurs de changements de la société, les femmes ont tendance à y apparaître comme plus anonymes, plus insérées dans des relations familiales que dans la vie professionnelle et rarement en position d’autorité », rappelle Oscar Nzohabonayo.

Malgré leur contribution significative, les femmes journalistes au Burundi sont souvent sous-représentées dans les médias. D’après madame Salomé Ndayishimiye, Consultante et Directrice de la Radio Indundi Culture qui a présenté sur l’image et la place de la femme dans les médias, «  les femmes occupent rarement des postes de direction et sont souvent cantonnées à des sujets considérés comme "féminins", tels que la mode ou la cuisine, au détriment de questions politiques et économiques cruciales ».

Cette consultante explique en outre que les stéréotypes de genre persistent dans les reportages médiatiques. Les femmes sont souvent présentées comme des victimes plutôt que comme des actrices du changement. Cela contribue à renforcer des perceptions négatives et à limiter leur participation active dans les débats publics sur des sujets comme la gouvernance, les droits humains et le développement. Dans le cinéma et à la télévision, les femmes sont fréquemment cantonnées à des rôles secondaires ou stéréotypés. Les personnages féminins sont souvent sexualisés ou définis par leur relation avec des personnages masculins, ce qui limite leur développement en tant qu’individus complexes.

Les femmes journalistes du Burundi et de la RDC appelées à des leviers du changement

Etant donné que cette situation est pareille en RDC, la directrice provinciale UCOFEM Nord-Kivu, Madame Florence Kavira précise dans sa présentation que le contenu médiatique produit par des femmes journalistes est plutôt apprécié : «  Pour promouvoir l’équilibre et le genre dans le contenu médiatique, elle est la mieux placée pour contacter toutes ces sources enfin de mieux donner aussi la parole à la classe féminine. Comme le dit un adage, il faut être une femme pour comprendre les questions spécifiques des femmes. »

La manière dont les femmes sont représentées dans les médias a un impact direct sur la perception sociale. Au Burundi, les jeunes femmes, en particulier, sont influencées par les modèles de réussite présentés dans les médias. La représentation stéréotypée peut décourager les aspirations professionnelles et limiter les ambitions au sein de la société.

Les femmes journalistes jouent un rôle crucial dans la promotion de l'égalité des genres. Elles travaillent à sensibiliser le public et les décideurs sur les droits des femmes et l'importance de leur représentation dans tous les secteurs, y compris les médias.

La présidente de l’AFJO, Madame Francine NDIHOKUBWAYO a profité de cette occasion pour appeler les populations de nos pays en général et les femmes journalistes en particulier à  mettre en avant le nouveau paradigme matérialisé par un changement de mentalité, un sens élevé du travail, de discipline et de rigueur. Elle a demandé aux femmes des associations des médias qui étaient présentes et plus particulièrement les directrices des radios et d’autres organes de presse de faire de leur mieux pour que la femme retrouve sa place dans leurs médias respectifs.

Les travaux des organisations de ces deux pays ont été bouclés par la mise en place d’une déclaration commune où elles se sont engagées à se mettre en réseau pour échanger et partager des expériences et histoires de succès en vue de la promotion effective de la place et l’image de la femme dans les médias des Grands Lacs.