A la découverte de deux femmes journalistes: Salomée et Liliane

Salomée Ndayishimiye et Liliane Nshimirimana, deux femmes journalistes, aux cursus scolaires et académiques différents, aux parcours différents mais avec un engouement professionnel commun et un leadership remarqué.
Dans le but de la promotion du leadership féminin, l’AFJO a tendu le micro à ces deux femmes  journalistes qui ont parlé à cœur ouvert et ont dévoilé leur vie professionnelle.

Foto salomée

Salomée NDAYISHIMIYE, est psychologue clinicien de formation et journaliste producteur depuis 2002 et manager de la Radio Culture depuis octobre 2015. Elle est membre également de l’AFJO.  Elle est mariée et mère de quatre enfants.

Comment appréciez-vous la contribution de l’AFJO dans la promotion de la femme au Burundi et de la femme journaliste en particulier ?

Depuis sa création, l’AFJO visait la défense et la promotion des droits des femmes en général et ceux des femmes journalistes en particulier.  Bien qu’il y ait encore beaucoup de choses à réaliser, on remarque des avancés au niveau du respect des droits de la femme, mais aussi dans la prise en compte du genre dans les médias grâce aux campagnes médiatiques menées par l’organisation.

Quel souvenir avez-vous en lien avec la promotion du genre au Burundi ?

La chose qui m’a marqué le plus, au moment où je commençais mon métier de journaliste, à chaque fois que je tendais le micro à une femme, même les intellectuelles, il y avait une réticence de répondre aux questions. Le plus souvent , les femmes se disaient incapables ! « Yooo mbega yemwe ndabishobora ! » (- vais-je être à la hauteur? ) « Mbega yemwe mvuga iki ! » (Que vais-je dire ?).  C’est le genre de réponses que j’entendais.

Un autre souvenir : lorsque j’ai commencé ce métier, j’étais une très jeune femme. Je n’oublierai jamais le fait de quitter le congé de maternité trois semaines après mon accouchement sous la menace de perdre mon contrat ! Je devrais reprendre le travail rapidement.

Comment avez-vous accueilli votre nomination à la tête de la Radio Culture ?

Ma nomination a créé une angoisse en moi non pas parce que je n’étais pas à la hauteur d’assurer la direction, mais j’avais tellement peur de diriger une radio en faillite depuis presque deux ans. A ce moment, il y avait une crise économique dans les médias burundais. Heureusement, avec tous les efforts fournis avec mes collègues, nous sommes parvenus à redresser la situation.

En quelques mots, comment décririez-vous votre rôle ?

Mon rôle en tant que responsable d’une radio est de guider, écouter mes collaborateurs pour atteindre les objectifs fixés. J’essaie de développer certaines approches, notamment l’échange d’expériences avec mes collègues responsables d’autres médias pour y tirer des orientations pour certaines opportunités. Je reste également en communication avec mes collaborateurs de la Radio Culture pour échanger sur les idées innovantes, constructives.

A quoi ressemble votre journée au travail ? 

Je me réveille à 5 heures du matin, je fais ma prière matinale.  J’arrange certaines choses pour la famille, je fais ma toilette, je me rassure que tout est fait pour la famille avant de quitter la maison pour le service à 7h, le plus souvent. Arrivée à la radio, je dois revoir certains dossiers urgents avant de participer à la réunion de rédaction qui commence à 8 heures. Je continue le reste de la journée conformément à l’agenda du jour.

Le plus souvent, je quitte le bureau à 18 heures, pour m’occuper de ma famille (les devoirs à domiciles des enfants, engagements sociaux…), mais des fois c’est le moment de faire certains contacts avec les partenariats. Je me retrouve au lit souvent vers minuit, après avoir tout mis en ordre.

Sur quels projets travaillez-vous actuellement ?

Je travaille actuellement sur les projets « La lutte contre les barrières culturelles : facteur d’autonomisation et de réduction des violences faites aux femmes/filles » et celui sur « Education des jeunes sur les valeurs culturelles positives au Burundi »

Comment parvenez-vous à exécuter en même temps vos responsabilités en tant qu’épouse, mère et manager d’une radio ?

Pour mieux exécuter mes tâches de mère et de management d’une radio, je me fais aider par mon époux, mes enfants, mais aussi mes collaborateurs de service.

Les difficultés que je rencontre parfois sont notamment l’incompréhension de la part de mon mari. La plupart des hommes ne tolèrent pas des appels à des heures avancées, ce qui peut arriver pour des raisons de service. Aussi, les femmes responsables des médias, comme les femmes journalistes, sont exposées aux harcèlements sexuels.   Les autres défis sont notamment le temps limité avec la famille, l’insuffisance des financements pour les médias actuellement, etc.

Avez-vous un message à adresser aux femmes et filles burundaises qui hésitent encore à s’affirmer dans la société ?

Les femmes et les filles ont du charisme, un haut niveau d’intelligence émotionnelle, un savoir-être plus aiguisé, la bienveillance, le sens d’écoute et l’empathie. Elles ont besoin seulement d’une forte confiance en soi pour s’affirmer dans la société.

Qu’est-ce que vous aimez dans la vie ?

J’aime le travail

Qu’est-ce que vous détestez ?

Je n’aime pas l’injustice

Un mot de la fin ?

J’encourage l’AFJO à continuer le plaidoyer pour la prise en compte du genre dans les médias burundais et soutenir les femmes aux postes de responsabilités dans les différents médias burundais. Je l’invite aussi à plaider pour le respect des droits des femmes dans les médias , en guise d’exemple, je pense, au droit à la maternité et à l’allaitement

foto liliane

Première femme journaliste des sports au Burundi, Liliane Nshimirimana a été élue en 2021 à la tête de l’Association des Journalistes des Sports du Burundi.  Une première. Membre du Comité National Olympique, c’est une sportive déterminée, passionnée par son métier. Une vraie leader des médias. Rencontre.

 

Comment vous êtes devenue journaliste de sport ?

Par le volley-ball. A la fin de mes humanités, je suis entrée à l’université. J’ai été recrutée par une équipe de volley-ball. J’ai constaté que les matchs de volley-ball n’étaient pas médiatisés par les radios. J’ai décidé de commencer à envoyer des informations sur ces matchs aux radios qui avaient des émissions sportives à l’époque. En 2005, des journalistes sportifs m’ont invité pour une réunion du Comité National Olympique (CNO). Ils m’ont par la suite désigné d’être leur point focal pour la couverture médiatique des activités du volley-ball et membre de la commission communication du CNO.

Mais vous n’êtes pas encore tout à fait journaliste…

En 2007 à la fin de mes études universitaires, j’ai été stagiaire à la radio « Ijwi ry’Amahoro » initiée par les Evêques catholiques du Burundi. J’ai demandé et on a accepté que je commence à co-animer l’émission sur le sport, produite en kirundi et français. Par la suite, j’ai intégré l’Association des Journalistes des Sports du Burundi. J’ai reçu le certificat de mérite offert par le CNO pour la couverture médiatique axée sur l’olympisme. J’ai eu la chance de suivre une formation des journalistes sur le sport féminin au Kenya. Et depuis, je suis dans le métier.

Qui vous a inspiré pour aimer et embrasser ce métier ?

Tungabose Tharcisse, une référence dans le journalisme sportif. J’aimais écouter ses émissions sportives à la RTNB et je voulais exercer son métier.

Qu’est ce qui vous plait dans ce métier de journaliste des sports ?

 Le sport est un déstressant pour moi. Avec le sport, on discute souvent sans se disputer. J’ai eu beaucoup d’amis au pays et à l’extérieur grâce à ce métier.

Au Burundi, vous n’avez jamais eu du mal à vous faire accepter ?

C’est vrai, au début, les gens étaient curieux de voir cette femme qui produit les émissions sportives. Je leur disais que les hommes qui produisent des émissions sportives n’ont rien de plus que moi. Et je précisais que je suis aussi une sportive avant d’être une productrice d’émissions. J’ai eu aussi des soutiens, comme l’ex-journaliste sportif Venant Nimpagaritse. Une petite anecdote : un jour il est venu me dire en privé que je commettais une faute de prononciation d’un nom d’une équipe de football. Il m’a recommandé d’écouter les émissions sportives de la RFI particulièrement, pour maîtriser les noms des équipes et leurs prononciations. Je n’ai jamais oublié.

 Des souvenirs, des défis au cours de votre parcours ?

En 2017, des journalistes m’ont poussé à me faire élire à la tête de notre association avec la promesse de me soutenir. Malheureusement, le jour J, ils n’ont pas tenu la parole. Au cours de la campagne, ils ont dit qu’une femme ne peut pas diriger cette association. Je ne me suis pas découragé. En 2021, je me suis présenté de nouveau aux élections. Cette fois, ce fut la bonne : j’ai été élu. J’avais un meilleur projet pour l’association. Je me réjouis d’ailleurs que les promesses faites au cours de la campagne soient en train d’être tenues. Un exemple, la formation certifiante de plus de 50 journalistes des sports : une première au Burundi. Les lauréats de ces formations sont en train de mettre en œuvre les leçons apprises.

Les hommes sont majoritaires dans votre métier, spécialement du côté des journalistes sportifs. Cela ne vous gêne pas ?

C’est vrai. Par exemple dans notre organisation, nous sommes 113 journalistes des sports, dont six femmes seulement. Cela est dû principalement aux mentalités rétrogrades qui prétendent que le sport est réservé aux hommes. Mais cela ne me gêne pas, je continue à me battre pour qu’il y ait plus de femmes.

Dans l’exercice de votre métier, aucun complexe ?

Pas du tout. Je suis journaliste, j’ai ma carte de presse, je sais traiter l’information. Je travaille comme tout journaliste professionnel.

 

Qu’est-ce que vous détestez dans la vie ?

L’injustice. Je suis prête à me battre lorsque je suis face à un cas d’injustice.

Qu’est-ce que vous aimez dans la vie ?

La musique, écouter les informations à la radio, siroter une limonade…

 

 

Cinq journalistes primés lors du Prix Genre et Médias, édition 2022

Le 10 mai 2022, à l’hôtel Royal Palace de Bujumbura, le prix Genre et Médias a été remis à 5 journalistes gagnants du concours des productions médiatiques sur le thème : « lutte contre les violences basées sur le genre ». Les cérémonies ont été rehaussées par la présence de la Ministre en charge de la communication ainsi que le chef de la Délégation de l’Union européenne au Burundi. foto ouvrture ya remise prix article
Le concours en rapport avec ce prix a été lancé le 26 novembre 2021 à l’occasion de la Journée internationale de l’élimination des violences faites aux femmes. 47 productions médiatiques ont été soumises au concours et portaient sur différentes catégories, en l’occurrence la radio, la télévision, les journaux ainsi que la presse écrite en ligne. Au total, 5 productions ont été les mieux cotées par le Jury. Il s’agit d’un reportage radio, d’un reportage TV, d’un magazine radio, d’un article de journal et d’un article de presse en ligne. Nolis Nduwimana de la radio culture, Elisabeth Nsengumuremyi de la radio Izere, Raissa Liliane Inamahoro de la RTV Isanganiro, Clarisse Ishaka du journal Iwacu ainsi que Pacifique Bukuru du site web de Jimbere sont les journalistes primés pour l’édition 2022. Chaque lauréate et lauréat a reçu un certificat de mérite, en plus d’un ordinateur portable.
La ministre de la communication, des technologies de l’information et des médias, Mme Léocadie Ndacayisaba, a indiqué dans son discours que son Ministère va continuer à soutenir le combat mené par l’A.F.JO. pour la promotion de l’égalité des genres dans les médias. Elle a précisé que la politique nationale de la Communication et la charte des médias sensibles au genre seront les fers de lance de ce combat.
De son côté, l’Ambassadeur Claude Bochu, Chef de la Délégation de l’Union européenne au Burundi, a fait savoir que cette institution va continuer à appuyer les médias en général et dans l’organisation de pareil concours. Il a profité de l’occasion pour réaffirmer son soutien au combat que mène l’A.F.JO. en citant Nelson Mandela : « Etre libre, ce n'est pas seulement se débarrasser de ses chaînes, c'est vivre d'une façon qui respecte et renforce la liberté des autres ».
Dans son discours, Mme Diane Ndonse, Présidente de l’A.F.JO a justifié le choix du thème de ce concours. Selon elle, les actes de violences basées sur le genre étant de plus en plus nombreux, deviennent de vrais problèmes de société. Et d’ajouter que le Centre Seruka, une organisation qui s’occupe de la prise en charge des victimes de violences sexuelles estime à environ 1500 cas de violences sexuelles par an au Burundi.
Organisé depuis 2010 par l’A.F.JO., en collaboration avec les partenaires des médias, ce concours est une compétition des productions médiatiques sur un thème donné avec l’intégration de la dimension genre dans la collecte et le traitement des informations. Cette année, cette activité a été organisée dans le cadre des activités du projet : « Renforcer les médias Burundais pour soutenir les processus de démocratisation, la réconciliation et l’Etat de droit ».

Visibilité du sport féminin au Burundi : AFJO engagée à mettre la main à la pâte …

Au Burundi, le sport féminin est en pleine évolution. Il essaie de rattraper un grand retard par rapport au sport masculin. Sur le chemin du changement positif, préjugés, discrimination basée sur le genre, manque de moyens … continuent à sévir. AFJO est engagée à contribuer à l’amélioration de l’image du sport féminin dans les médias avec l’appui des journalistes des sports. foto sport féminin
La pratique du sport est développée au Burundi. Le football est le sport roi, surtout dans les milieux urbains. Le basket-ball, le volley-ball, le hand-ball, le rugby etc sont également pratiqués. La marche est en plein essor, surtout en villes. Toutefois, le développement du sport féminin est en net retard par rapport au sport masculin. Au Burundi, le fossé est plus grand.
« Le football, c’est pour les garçons ». C’est l’une des affirmations gratuites entendues souvent dans les familles burundaises. La culture burundaise qui fait la part belle aux hommes est passée par là. Par le passé, cette culture avait reléguée les femmes aux seconds rôles et ses conséquences se font toujours sentir.
Des avancées remarquables ont été enregistrées ces dernières années dans différents secteurs de la vie national. Toutefois, le chemin vers l’égalité reste long et est semé de beaucoup d’embûches.
Dans le secteur du sport, les filles et femmes sont à la traine par rapport aux garçons et hommes. Les médias burundais ne font pas exception. Une faible couverture des activités sportives des femmes est remarquée alors que les hommes sportifs sont, de loin mieux couverts. Selon un article produit sur le site de l’UNESCO, les femmes représentent seulement un faible pourcentage des radiodiffuseurs et animateurs radios sportives. Ce rapport précise que le nombre de femmes qui entrent dans le domaine du journalisme sportif est encore relativement faible et que ce secteur demeure majoritairement aux mains de la gente masculine. Au Burundi, l’Association des Journalistes des Sports du Burundi (AJSB) est composée de 113 membres dont 6 filles/femmes, soit 5,3%.
A signaler également que l’horaire des matches est souvent en défaveur du sport féminin. « Les matches des équipes féminines se déroulent souvent les week-ends à 9 heures du matin. Cela au moment où les matches des équipes masculines sont programmés dans l’après-midi à 15 heures », déplore Mme Nshimirimana, Présidente de l’AJSB. Elle a ajouté qu’au lieu d’aller couvrir ces matches, les journalistes sportives préfèrent se reposer ou participer aux fêtes et aux autres activités de diversion.
Des stéréotypes persistent aussi dans la couverture médiatique du sport féminin. Parfois, le talent laisse place aux clichés sexistes. Les médias ont un pouvoir considérable pour changer les représentations sociales.
En vue de contribuer à une plus grande visibilité du sport féminin au Burundi, AFJO a initié au cours du mois de mars 2022 les premières formations sur l’intégration de la dimension genre dans les contenus médiatiques sur les sports. Au cours de cette rencontre, les participants se sont rendus compte de la quasi absence des femmes dans leurs articles et émissions. Les langues se sont déliées, en reconnaissant d’abord l’inégale traitement des activités sportives, selon qu’elles portent sur le sport masculin ou féminin.
« Il nous arrive souvent d’assister aux matchs du sport féminin puis celui du sport masculin et à la fin nous diffusons uniquement des informations sur le sport masculin … ». C’est la confession d’Alexis Singa de la radio Bonesha FM. Grâce au soutien de l’AFJO, les journalistes sportifs en synergie avec les représentants du sport féminin sont désormais engagés à faire changer ce traitement inégale, en vue d’une couverture médiatique équitable.
A noter enfin que l’AFJO ne compte pas s’arrêter dans le plaidoyer en faveur d’une visibilité équitable du sport féminin et une meilleure représentation dans les médias. Cette organisation compte sur les femmes et les hommes de bonne volonté pour relever ce défi. Cette mission qui s’inscrit dans l’esprit et la lettre de textes régissant l’AFJO ne fait que commencer. La première bataille est en passe d’être gagnée, mais le chemin pour remporter la guerre reste long …

Travail invisible des femmes rurales : un défi à relever au Burundi

La femme rurale burundaise croupit sous le double fardeau issu du travail « visible » et « invisible ». Pourtant, d’aucuns ne voient que le premier type de travail. Cette image biaisée et injuste mérite une attention particulière.
Lorsqu’on pose la question de savoir le temps que passe les femmes rurales burundaises, la plupart pensent directement au travail « visible ». Il s’agit alors par exemple au temps passé à effectuer les travaux champêtres, à faire le suivi direct de son commerce etc. Les « heures de services », en quelques sortes. Pourtant, nos femmes, surtout rurales passent beaucoup de temps à assurer un travail « invisible » … Elles croulent à cause de beaucoup de travaux que peu de personnes savent valoriser, y compris les médias.
« Je me lève à cinq heure du matin, soit une heure avant mon mari. Je lave les enfants et préparent le petit-déjeuner pour le reste de la famille, avant de partir au champ … A 11 h, je reviens à la maison pour préparer le déjeuner, faire la vaisselle et nettoyer la maison. Dans l’après-midi, je passe beaucoup de temps à la recherche du bois de chauffage et puiser de l’eau pour la famille. Il arrive souvent, surtout en période pluvieuse que je retourne au champs l’après-midi. Le soir, je prépare le dîner tout en m’occupant d’autres travaux ménagers. Je dors après m’être rassurée que dans ma famille, tout le monde est au lit. Au cours de la nuit, il arrive souvent que mon sommeil soit interrompu par mon bébé qui réclame le sein maternel … ». Ceci est un récit d’une femme rurale burundaise qui témoigne de l’ampleur de ses responsabilités. Cette femme est chargée également de donner « un bon exemple » à sa fille, pour ne pas s’exposer aux moqueries de la communauté, en commençant par son propre mari.

Que fait l’homme dans l’entretemps ?
Notre culture burundaise a mis l’homme au premier plan et sa femme au second plan. Les filles reçoivent une éducation qui les met en dessous de leurs frères. La répartition des tâches ne vient que renforcer ces inégalités.
Les mentalités ont bougé mais les vieilles reflexes ont la vie dure ; surtout dans les milieux ruraux burundais. Tous les hommes ne réagissent pas de la même manière, mais il est clair que pour la plupart, les hommes travaillent moins que les femmes. De plus, leurs travaux sont « visibles », car le travail « invisible » est réservé aux femmes.
Au Burundi, c’est la femme qui assure les préparatifs de l’homme pour qu’il aille travailler dans de bonnes conditions. Il attend souvent que ce soit elle qui prépare le nécessaire (petit-déjeuner, l’eau pour se laver etc). C’est la raison pour laquelle il se lève souvent après sa femme. En général, et particulièrement pendant la saison siège sèche, le travail de l’homme dans les champs et autres travaux manuels se limitent à l’avant midi. Après, l’homme a droit au déjeuner qu’il n’a pas souvent préparé. Il a droit parfois à la sieste, au moment où sa femme s’affaire dans la cuisine, quand elle ne s’occupe pas de ses enfants. Les après-midi, les hommes vont joindre les autres hommes pour partager des idées autour d’un pot ou s’adonnent à différentes activités sociales, avant de rentrer tard.
Le soir, l’homme prend des nouvelles de la maison, donne des directives, écoute la radio avant de manger (parfois un repas plus copieux que les autres pour ne pas le bouder simplement, car il a peut-être manger ailleurs …) et dormir … pour se réveiller le lendemain …
A noter que certains équipements de la maison sont généralement réservés à l’homme rural burundais, ou au mieux ils ont la priorité. Il s’agit, entre autres de la radio et du vélo. Les biens du foyer, d’une grande valeur sont gérés directement par l’homme. Il s’agit notamment du gros et petit bétail ainsi que des produits de la récolte d’une grande valeur tels que les bananiers.
S’il est vrai que la femme contribue beaucoup à la production agricole, le produit de la vente est géré d’abord par l’homme. Lors de la vente du produit de la récolte ou d’un bétail, l’homme est alors « disponible ». En fonction de la bienveillance de l’homme, la femme pourra solliciter et recevoir ou pas une partie de l’argent pour subvenir à ses besoins.
Généralement, les femmes rurales qui vendent le produit de la récolte (issu majoritairement du fruit de leurs sueurs) à l’insu de leurs maris s’exposent aux représailles. Ces dernières peuvent aller aux brimades à la répudiation, en passant par les coups et blessures. Le fameux niko zubakwa, littéralement c’est comme cela que les femmes tiennent bon pour rester au foyer … contribue à ce que ces femmes supportent dans le silence toutes ces injustices.
Que faire alors …
Le travail « invisible » des femmes rurales burundaises est sous couvert par les médias burundais, sauf dans les faits divers. Pourtant, les femmes burundaises sont majoritaires, selon les statistiques officielles. Pour atteindre un développement durable, les journalistes burundais doivent conjuguer leurs efforts pour relever ce défi. Le travail entamé par l’AFJO il y a 25 ans a inscrit dans ses priorités l’appui aux femmes burundaises. Des avancées notoires ont été reconnues officiellement par les différents partenaires dont les autorités publiques. Ces efforts méritent d’être soutenus afin d’envisager l’éradication de ces inégalités et injustices à l’égard de la femme rurale burundaise. Il en va de l’avenir du Burundi. A bon entendeur salut!

AFJO: D’une pierre trois coup : Une célébration qui en cache d’autres …

Le 11 mars 2022, l’Association Burundaise des Femmes Journalistes (AFJO) a organisé à l’hôtel Royal Palace en Mairie de Bujumbura le forum d’échange sur le rôle des médias dans la promotion de la femme cultivatrice dans le cadre de la célébration de la Journée Internationale de la Femme (JIF) 2022 et du Jubilé de l’AFJO. C’était en présence de plusieurs invités issus des structures publiques et privées, des organisations internationales et des médias.

présidente afjo jubilé
« Si l’AFJO fête ses 25 ans d’existence aujourd’hui, cela montre que c’est une Association mûre qui a de l’expérience et des réalisations conséquentes en matière de promotion et de défense des femmes par les médias et la communication ». Cette assertion est de M. Anicet Niyonkuru, secrétaire permanent du ministère de la communication, des technologies de l’information et des médias qui a ouvert les cérémonies, au nom du Ministre de tutelle. Parmi les nombreuses réalisations à l’actif de l’AFJO, on signalera la « Charte des médias sensibles au genre et aux jeunes » élaboré avec un plan d’action et un comité de suivi de la mise en application de ladite charte nommé par le Ministre de la Communication et des médias. Diverses formations en faveur des membres de l’AFJO ont été organisées, notamment celles sur le plaidoyer, la prise en compte du genre dans les médias, l’entreprenariat, le suivi-évaluation des projets.
Le secrétaire permanent du ministère de la communication, des technologies de l’information et des médias a profité de la circonstance pour affirmer que son Ministère remercie les partenaires techniques et financiers qui appuient le secteur des médias. Il a conclu ses propos en indiquant que son Ministère a fait sien la charte des médias sensibles au genre et aux jeunes, un instrument promu par l’AFJO.
De son côté, Mme Diane Ndonse, Présidente de l’AFJO a affirmé, dans son discours qu’en créant cette association, ses membres étaient convaincus que, réunies en association, elles peuvent mieux œuvrer pour la promotion de la femme burundaise en général, et de la femme journaliste en particulier et ainsi contribuer à l’émergence d’une société paisible et prospère. La Présidente de l’AFJO a profité de l’occasion pour annoncer que son organisation compte lancer de nouveaux défis dans un monde médiatique très changeant au niveau technologique et éthique vers la promotion de la femme.

AFJO fête aussi la JIF 2022

foto jubilé salle

Le 8 mars de chaque année, le monde entier célèbre la Journée Internationale de la Femme. Cette année, cette célébration a coïncidé avec le Jubilé d’Argent de l’AFJO. Selon Mme Ndonse, pour cette organisation comme pour le Gouvernement et d’autres organisations de la société civile qui s’investissent dans la promotion du genre, le 8 mars est l’occasion d’évaluer le pas franchi par rapport à l’état d’avancement des droits des femmes sur le plan économique, politique et socioculturel. Elle a précisé également que la célébration de cette Journée offre aussi une opportunité de se fixer de nouvelles orientations et priorités pour réaliser plus de résultats en matière des droits des femmes.

La Journée Internationale de la Femme trouve ses origines dans les mouvements révolutionnaires socialistes européens du début du XXème siècle. Et depuis plusieurs années, le Burundi a emboité le pas aux autres nations en célébrant chaque année cette Journée et en participant régulièrement à diverses conférences mondiales sur les femmes. Le pays a ainsi adopté divers instruments juridiques internationaux de promotion et de protection des droits des femmes qui sont assortis des engagements de promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes. Parmi les instruments ratifiés par le Burundi figure la Déclaration et Programme d’actions de Beijing sur les droits des femmes de 1995.

Présentation sur la promotion des droits des femmes et témoignages

foto Daniella jubilé

A noter qu’au cours de cette journée riche en événements, Daniella Niteka, consultante et membre de l’AFJO a réalisé une présentation sur le rôle des médias dans la promotion des droits des femmes en général et de la femme cultivatrice en particulier. Elle a pu montrer qu’au cours des 25 dernières années, un pas a été franchi en faveurs de ces droits tout en montrant que le chemin à parcourir reste significatif.

Elle a ajouté que la profession journalistique s’est progressivement ouverte aux femmes. Et de préciser que selon les données du CNC de 2019, plus de 30 % de journalistes étaient des femmes et que ces dernières se retrouvent actuellement dans les postes de responsabilité, chose rare il y 25 ans. Toutefois, elle a fait remarquer que leurs nombres reste limité, au niveau de ces postes.
Après cette présentation, des témoignages sur les succès et défis rencontrés par certaines femmes journalistes, membre de l’AFJO ont été partagés. « Etre une femme journaliste n’est pas facile. En tant que correspondant de la radio Isanganiro à Bubanza, je devrais monter un arbre pour capter la connexion en vue d’envoyer les nouvelles chaudes à l’époque … ». Ce témoignage de Mme Spès-Caritas Kabanyana est la preuve que ces femmes font un travail remarquable, souvent dans des conditions difficiles. Parmi les succès partagés, on notera aussi celle de Mme Pascaline Biduda. « A mon arriver en tant que journaliste au Quotidien Le Renouveau, la rubrique Politique était réservée aux hommes. Après ma nomination en tant que Directrice de ce journal, les femmes ont commencé à intégrer cette section … ».
Signalons enfin que l’AFJO a été initiée par 26 femmes et est à son 5ème Présidente. L’AFJO reste pleinement engagée dans la promotion de la femme en générale et de la femme journaliste en particulier, en synergie avec le Ministère de Tutelle, des organisations de la société civile et divers partenaires ayant une vision commune.

 

 

 

 

L'AFJO recrute une chargée de Projet "Médias, Paix et Genre"

L’AFJO est un partenaire de l’ONG EIRENE GL à travers le projet “Médias, Paix et Genre” dans le programme " Les femmes et les hommes ensemble organisés et engagés pour la paix juste dans leurs communautés (FeHoPaCo)". Ce projet sera mis en œuvre d’octobre 2021 à septembre 2024 par l’AFJO, ensemble avec la Maison de la Presse du Burundi (MP). Dans le cadre de ce projet, l’AFJO recrute une Chargée de Projet qui sera basée à Bujumbura (avec possibilité de déplacement à l’intérieur du pays pour la réalisation de certaines activités), pour une durée d’une année renouvelable avec une période d’essai de trois mois. Les TDRs sont affiches au bureau de l'AFJO et de la Maison de la Presse.

L'AFJO souhaite un renforcement des capacités des femmes et filles et leur nomination aux postes de responsabilités

L'AFJO souhaite un renforcement des capacités des femmes et filles et leur nomination aux postes de responsabilités

foto ag1La Représentante Légale de l'AFJO (Association Burundaise des Femmes Journalistes) s'exprime...

"Nous souhaitons  que des  actions stratégiques et pratiques de renforcement des capacités des femmes et des filles en matière de communication, TIC, leadership et gouvernance locale soient proposées pour que les femmes et filles soient davantage  performantes  dans les postes de responsabilité  et améliorent leur image.

Nous nous attendons à ce que les initiatives positives déjà prises par certains médias pour renforcer l’intégration du genre dans leurs politiques internes et/ou dans leurs programmations soient partagées pour qu’elles inspirent d’autres décideurs..

Nous  voulons que  les femmes et filles journalistes capables  soient nommées aux  postes de responsabilités."

5 critères d'une production médiatique sensible au genre

5 critères d'une production médiatique sensible au genre

Agathonique Barakukuza qui est experte en genre, développement et institutions, donne 5 critères d'une production médiatique sensible au genre

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